Emploi des seniors : la France se classe 26ème des pays de l’OCDE

D’ici 2050, le nombre de personnes âgées de 55 ans et + devrait augmenter de près de 50 % dans les 35 pays de l’OCDE pour dépasser les 500 millions.

L’Islande, la Nouvelle-Zélande et Israël sont les pays de l’OCDE les plus performants sur l’emploi des seniors La France recule de deux places en 15 ans

L’automatisation pourrait impacter 25% des emplois occupés par des seniors en France (vs 20% en moyenne dans les pays de l’OCDE)

La formation est essentielle pour permettre aux seniors de saisir les nombreuses opportunités professionnelles qu’offriront l’intelligence artificielle et les technologies associées

A l’heure où les travaux sur la réforme des retraites ont commencé, PwC publie l’étude « Golden Age Index », présentant les performances des pays de l’OCDE sur l’emploi des seniors. Force est de constater que les pays de l’OCDE sont inégaux et ne saisissent pas toujours l’impact de l’automatisation des emplois pour les collaborateurs de plus de 55 ans.

Or dans un contexte de vieillissement de la population, ces enjeux sont plus que jamais cruciaux pour les Etats et les entreprises. En ce sens, les experts PwC proposent des pistes afin de relever ce défi sociétal.

Emploi des seniors : la France peut mieux faire

D’ici 2050, le nombre de personnes âgées de plus de 55 ans va croître de près de 50%, pour atteindre environ 538 millions dans les pays de l’OCDE. Dès lors, la question de l’emploi des seniors pose un défi sociétal majeur. D’après l’étude, le taux d’emploi actuel des travailleurs âgés entre 55 et 64 ans varie considérablement d’un pays de l’OCDE à l’autre.

L’Islande (84%), la Nouvelle-Zélande (78%) et la Suède (76%) ont les taux d’emploi des seniors les plus élevés de la zone. Le Luxembourg (40%), la Grèce (38%) et la Turquie (34%) se situent quant à eux en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE (autour de 60%).

Au-delà du seul taux d’emploi des seniors, les experts PwC ont établi un classement qui rend compte de la performance des pays en termes d’emploi des seniors. Pour cette nouvelle édition, l’Islande, la Nouvelle-Zélande et Israël occupent le top 3. Si les pays nordiques continuent d’occuper le haut du classement, les pays d’Asie du sud-est comme le Japon et la Corée du Sud performent. L’Italie perd une position et se retrouve la moins bien classée parmi les pays du G7 (29ème position).

La France quant à elle se positionne en 26ème derrière l’Espagne. En quinze ans, l’Hexagone a perdu deux places dans le classement. Elle était 24ème en 2003, date de la première édition du classement.

« L’étude met en valeur le potentiel encore inexploité des seniors sur le marché de l’emploi, comme c’est le cas en France. C’est tout le modèle de l’entreprise qui est ici questionné : comment construit-on un environnement inclusif et attractif, dans lequel les seniors qui sont amenés à être de plus en plus nombreux, peuvent s’épanouir et évoluer ? C’est l’un des défis que les entreprises ont à relever si elles veulent attirer les talents seniors qui ont beaucoup à apporter. Les entreprises qui se saisiront de ces questions seront les plus attractives »explique Agnès Hussherr, associée chez PwC et responsable des ressources humaines au niveau mondial.

Les seniors impactés par l’automatisation des métiers

Si « Golden Age Index » insiste sur la marge de progression à réaliser dans l’emploi des seniors, c’est que cet enjeu va devenir de plus en plus prégnant dans les années à venir. L’étude aborde notamment les conséquences pour les travailleurs seniors du recours accru à l’intelligence artificielle et aux technologies d’automatisation associées dans l’environnement professionnel.

En effet, jusqu’à 20% des emplois actuellement occupés par des seniors dans les pays de l’OCDE pourraient être automatisés au cours des dix prochaines années. Cette proportion atteint 25% en France.

« Les seniors sont plus exposés que les autres travailleurs aux mutations engendrées par l’automatisation. La reconversion et l’apprentissage tout au long de la vie seront donc essentiels pour permettre à ces travailleurs de saisir les nombreuses opportunités professionnelles qu’offriront l’intelligence artificielle et les technologies associées. Là encore, c’est à l’entreprise d’accompagner ses collaborateurs seniors face aux mutations des emplois. A la clef, le collaborateur senior gagnera en compétences mais également en estime de soi. Cet engagement est bel et bien sociétal » poursuit Frédéric Petitbon, associé chez PwC.

Emploi des seniors : quels leviers ?

Les pays les plus performants tendent à partager un certain nombre de caractéristiques qui vont dans le sens d’un marché de l’emploi plus flexible et adapté aux seniors avec :

  • Le report de l’âge légal de départ à la retraite.
  • L’assouplissement des conditions de travail avec un ajustement des emplois aux besoins et préférences des seniors.
  • L’amélioration de la flexibilité des régimes de retraite, comme la possibilité de proposer une retraite partielle
  • Le renforcement de l’offre de formation et de l’accompagnement des seniors dans l’univers du numérique afin qu’ils deviennent des « digital adopters ».

« Parmi les bonnes pratiques, il s’agit d’adapter l’organisation du travail en fonction des projets personnels et professionnels des seniors, d’injecter plus de souplesse dans le temps de travail, d’équilibrer le temps présentiel et distanciel grâce aux nouveaux modes de travail tel que le télétravail. Les entreprises peuvent également tirer pleinement les leçons des nombreux travaux en neurosciences : on peut continuer d’apprendre quand on est senior ! L’enjeu est également de répondre aux attentes de mixité générationnelle qui est centrale afin de relever les défis de l’emploi d’aujourd’hui et de demain» conclut Frédéric Petitbon.

Méthodologie de l’étude

Dans son étude « Golden Age Index », PwC compare les performances des différents pays sur la base des indicateurs du marché du travail suivants (avec les pondérations relatives entre parenthèses) : le taux d’emploi des 55-64 ans (40 %) ; le taux d’emploi des 65-69 ans (20 %) ; l’écart entre les hommes et les femmes de 55-64 ans en matière d’emploi (ratio femmes/hommes – 10 %) ; la fréquence du travail à temps partiel pour les 55-64 ans (10 %) ; la rémunération à temps plein des 55-64 ans par rapport à celle des 25-54 ans (10 %) ; l’âge effectif moyen de départ à la retraite (5 %) ; et le taux de participation aux programmes de formation (ratio 55-64 ans/25-54 ans – 5 %). Ces indicateurs sont normalisés, pondérés et agrégés afin de générer, pour chaque pays, un score compris entre 0 et 100, l’indice de référence moyen pour l’OCDE étant celui de 2003, fixé à 50. Les indices moyens pour les années 2007, 2014, 2015 et 2016 peuvent toutefois être supérieurs ou inférieurs à ce dernier.

Les données utilisées proviennent de l’OCDE. Pour des raisons de disponibilité des données, l’accent est mis principalement sur la tranche d’âge des 55-64 ans. L’indice inclut tout de même le taux d’emploi global des 65-69 ans, et l’ensemble des travailleurs de plus de 55 ans est pris en compte dans le calcul de l’augmentation potentielle du PIB qui résulterait de la hausse du taux d’emploi des seniors (la Nouvelle-Zélande devenant cette année la référence, en remplacement de la Suède désormais à la cinquième place du classement). Les données relatives au Royaume-Uni proviennent de l’Office for National Statistics (ONS) et se rapportent à des tranches d’âge légèrement différentes (50-64 ans au lieu de 55-64 ans par exemple). Les dernières données disponibles pour les pays de l’OCDE couverts par l’étude datent de 2016, ce qui a permis d’actualiser l’indice précédent, lequel reposait sur des données s’arrêtant à 2015. S’agissant du Royaume-Uni cependant, les données examinées sont plus récentes.