Marseille: Interrogations sur le dispositif des emplois francs qui sera testé dans les quartiers difficiles

revue_de_presse.PNGLe dispositif des emplois francs sera testé dès le 1er janvier prochain à Marseille…

C’est le retour des emplois aidés. Emmanuel Macron a présenté mardi à Tourcoing sa politique de la ville, en annonçant notamment le retour des « emplois francs ». Ce dispositif, qualifié de « pendant indispensable de la lutte contre la discrimination » par le Président, qui vise à favoriser l’embauche de personnes en recherche d’ emploi dans les quartiers prioritaires, sera testé à partir du 1er janvier prochain dans plusieurs villes françaises, dont Marseille.

Concrètement, une entreprise ou association bénéficiera d’une prime de 15.000 euros sur 3 ans pour l’embauche en CDI et 5.000 euros sur deux ans pour un CDD de plus de six mois attribué à un demandeur d’emploi des quartiers prioritaires. Les « emplois francs », déjà expérimentés pendant le quinquennat de François Hollande, avant d’être abandonnés, seront-ils efficaces pour le retour à l’emploi des personnes issues des quartiers prioritaires ?

Lyece Choulak est chef de projet pour l’association de médiation sociale dans les quartiers Nord de Marseille. Il regrette la suppression des contrats aidés, qui, selon lui, avaient prouvé leur efficacité : « La principale problématique réside dans la formation, qui était prise en compte dans les emplois aidés et qui ne l’est plus dans les emplois francs. Elle était un tremplin. » Surtout, il déplore le fait que les emplois francs s’adressent à la fois au CDD et au CDI. « Si les employeurs ont le choix entre les deux, ils vont se tourner vers les contrats à durée déterminée, les emplois ne seront pas pérennes », avance-t-il.

Mobilité, formation et santé

Pour Joël Desroches, directeur du centre social de Val Plan, les emplois francs s’adressent essentiellement aux personnes en recherche d’emploi depuis quelques mois, ou quelques années. « Ce dispositif n’est pas adapté aux personnes les plus éloignées de l’emploi, pour qui il faut partir de très loin », considère-t-il.

Partir de très loin signifie leur dispenser des ateliers de socialisation, leur faire adopter un rythme de vie adaptée au marché du travail, régler certains problèmes d’addiction. Un travail qui nécessite énormément de temps.

Zakaria, 19 ans est dans cette situation. Il est né dans la cité Felix-Pyat et ne l’a jamais quitté. Il n’a jamais travaillé non plus. « Si aujourd’hui je ne trouve pas de travail c’est parce que je ne me bouge pas assez, j’ai trop pris l’habitude d’être à la maison », raconte-t-il, en toute franchise. Il a validé une première année de CAP en carrosserie, mais n’a pas obtenu le diplôme. « On fait comment pour demander du travail ? », questionne-t-il, symbole du chemin qui le sépare encore de l’emploi.

D’autres problématique évidentes se posent aux populations de ces quartiers, auxquelles ne répondent pas les emplois francs. « Beaucoup de cités sont très éloignées de toutes zones d’activité. Il n’y a rien, pas de commerce, pas de pharmacie. La question de la mobilité est centrale. Il me semble utopique de lancer de tels projets sans penser à ces problèmes », considère Karim Rahali, directeur d’un autre centre social. Il évoque aussi la formation et la question de la santé sociale auprès de ces publics.

Said Ahamada, député LREM des quartiers Nord, a récemment déclaré à l’Assemblée nationale : « J’ai un rêve : c’est que la politique de la ville disparaisse. Cela voudra dire que l’objectif de baisse des inégalités aura été atteint. » Pas sûr que les emplois francs soient suffisants pour réaliser le rêve du député.