Entreprises en crise ou en restructuration : l’impact sur les RPS

orseu_logo.PNGQuel est l’impact de la situation économique d’une entreprise sur les risques psychosociaux ?

Eléments de réponse à partir de l’enquête Conditions de travail de la DARES

“L’impact de la situation économique’. La DARES (Ministère du travail) vient de publier une étude statistique comparant les risques psychosociaux perçus par les salariés et les employeurs en fonction de la santé de l’établissement 1. Cinq profils d’entreprises ont été définis: des établissements « stables » (pas de fluctuations importantes au cours des 12 derniers mois, 31 % des salariés du privé) ; « flexibles » (des chocs successifs à la hausse et à la baisse, 35 %) ; « en croissance » (avec hausse des effectifs ou des heures travaillées, 7 %) ; « restructurés » (activité stable mais au moins un changement important lors des trois dernières années : fusion, changement d’organisation, etc., 14 %) ; « en crise » (baisse de l’activité, baisse des effectifs ou des heures travaillées ; 13 %).

Etablissements en crise : le poids de l’insécurité.Un premier constat – guère étonnant mais cette étude apporte des éléments empiriques précis – est que les salariés des établissements en crise sont particulièrement affectés par une forte insécurité économique.

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Source : Dares-DGAFP-Insee, enquête Conditions de travail 2013 1

L’insécurité économique entraine également plus souvent des conflits de valeurs : la probabilité de ne pas éprouver « la fierté du travail bien fait » ou « d’être en conflit avec son supérieur sur la façon de bien faire son travail » est significativement plus élevée (respectivement 18 et 22%) que dans les établissements « stables ». Le sentiment de ne pas avoir de formation suffisante pour bien faire son travail est aussi plus répandu dans les établissements en crise (39 % des salariés) et en restructuration (37 %). Dans ces entreprises, les salariés s’attendent plus souvent à devoir changer de métier.

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Source : Dares-DGAFP-Insee, enquête Conditions de travail 2013 1

Une intensité du travail plus forte dans les entreprises en crise. Les salariés d’entreprises en crise ont une probabilité plus forte (+14 %), toutes choses égales par ailleurs, d’être exposés à des risques suivants : travailler sous pression, devoir se dépêcher pour faire son travail, devoir penser à trop de choses à la fois. Dans les établissements en crise ou restructurés comme dans les établissements flexibles (connaissant des hausses et des baisses d’activité), les contraintes de rythme dans le travail sont plus importantes. Les marges de manœuvre y sont également un peu plus faibles, tandis que les rapports sociaux sont souvent plus tendus.

Plus de tensions au travail.Les rapports sociaux au travail (notamment les tensions avec les supérieurs, les collègues, ou encore la charge émotionnelle comme voir cacher ses émotions) sont également plus tendus dans les entreprises en crise et restructurées, en dans une moindre mesure dans les entreprises flexibles.

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Source : Dares-DGAFP-Insee, enquête Conditions de travail 2013 1

Le point de vue des employeurs. Dans les entreprises flexibles, restructurées et surtout en crise, les employeurs reconnaissent les craintes de leurs salariés en ce qui concerne l’insécurité économique. En revanche, les patrons des entreprises en croissance pensent que leurs salariés sont exposés à des risques de tension ou de charge de travail importante, ce qui n’est pas le cas des salariés dans leurs réponses… « Tout se passe comme si, dans les établissements dynamiques, les employeurs s’attendaient à vivre des tensions associées à une charge de travail croissante, alors que leurs salariés, rassurés quant à leur avenir, ne se plaignent pas particulièrement de leurs conditions de travail ».

1 « Risques psychosociaux et situation économique des entreprises », par T. Coutrot, DARES Analyses, n° 044, juin 2015.